Ma bohême, Arthur Rimbaud

Ma bohême, Arthur Rimbaud

(Fantaisie.)

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
 
Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
 
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
 
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Octobre 1870.

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Peinture : Francis Gruber, Le poète, hommage à Rimbaud, 1942, (domaine public)

Sensation

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Mars 1870.

Arthur Rimbaud

Rimbaud, Poésies, Paris, Flammarion, 1989. (Cahier de Douai, p. 65)

Nouvelle année

Nouvelle année

Le soir, le temps s’allonge inexorablement,

2018, c’est sûr, ne finira jamais,

On est si bien entre amis.

Puis le moment tant attendu montre sa patte blanche,

Cette impression que tout est possible,

Que l’on parviendra à réaliser nos rêves.

Sonnent alors les coups de minuit, plusieurs fois,

On scrute l’horizon, on interroge les étoiles,

Rien n’est pourtant différent, c’est à nous seuls d’agir,

En notre for intérieur.

© Emmanuelle de Dardel

Image : http://pxhere.com

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