Parler

On attend des femmes qu’elles sourient et qu’elles se taisent surtout. Et quand l’une d’elles commence à parler, à répondre, à dire les choses, on s’offusque et on ne comprend pas même pourquoi. Les femmes prennent la parole comme elles font des études, comme elles travaillent, comme elles avancent dans la vie. Elles prennent la parole avec force et douceur, même et surtout pour dire ces choses difficiles. Elles ont compris qu’il vaut mieux s’exprimer posément en tous temps, qu’elles soient calmes, joyeuses ou en colère, car cela a davantage d’impact sur le monde : on ne peut que les écouter. 

– Emmanuelle de Dardel

victime

la
la victime
la victime est
la victime est coupable
la victime est coupable d’
la victime est coupable d’être
la victime est coupable d’être victime
la victime n’est pas coupable d’être victime
la victime n’est pas coupable d’être
la victime n’est pas coupable d’
la victime n’est pas coupable
la victime n’est pas
la victime n’est
la victime
la

– Emmanuelle de Dardel

Soutenir une victime, c’est prendre son parti. Seul.e l’agresseur est coupable. Le silence de l’entourage et de la société donne raison à l’agresseur.

écoute

pendant une vie
je n’ai plus pu parler
le poids était immense
aussi lourd que la galaxie entière
parler n’avait plus aucun sens
puisqu’on ne me croyait pas

alors j’écri(vai)s
de la poésie
du fond de mon ciel noir nuit
depuis mes canapés-lits nuages
par-delà les étoiles meurtries
les conflits et les silences qui croassent

aujourd’hui je parle un peu
aux gens bienveillants
qui écoutent un peu
sourient avec des yeux étoiles
et tendent la main sans exiger

les autres
ceux qui jugent
je n’y arrive plus
toujours pas
entendre est facile
écouter (l’indicible) est un art

– Emmanuelle de Dardel

Qu’importe

Qu’importe ses ex guerres

leurs éclats de colère ombres
mortifères ou silences
déserts au soleil
amer

Dans son coeur c’est la mer
ses vagues persévèrent
et elle s’y désaltère
aujourd’hui et
naguère

– Charly Dufaud

Parmi tous les roublards

leurs troubles infinis transformés
en brouillards orages
d’émotions au vent
du courage 

La clé dans le fumoir 
adieu à l’illusoire
elle connaît les rouages
et l’anti-
exutoire

– Emmanuelle de Dardel

Le silence

Le silence est le plus puissant de tous les mépris. C’est une arme de destruction de l’âme. Et c’est un mur invisible, intangible et insurmontable. Il vaut mieux prendre un peu de temps pour dire les choses, parler de ce qui dérange, échanger à propos de sa vision du monde, souvent très différente de ce que l’autre vit et pense. La communication franche et honnête est un grand pas vers l’autre et vers soi. A quoi bon, sinon ?

– Emmanuelle de Dardel

Ce silence

J’écris ce que j’aurais voulu entendre, de ta bouche.

– Emmanuelle de Dardel


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petit à petit

petit à petit on apprend
que les mots comptent
surtout ceux que l’on dit
sous le coup de la colère
surtout ceux que l’on ne
veut pas dire surtout ceux
que l’on se dit à soi-même
chaque mot compte
même les oublis et les
silences et les absences

– Emmanuelle de Dardel

Dilemme ou pas

Quand je me tais, ce n’est pas que je n’ai plus rien à dire. C’est le contraire, j’ai trop à dire, sur des thèmes essentiellement tabous. Dois-je vraiment les citer ? Vous les connaissez aussi bien que moi : la guerre, le génocide, la religion, le féminisme, les violences sexuelles et sexistes, les silences qui prennent parti…

Alors je me tais, sachant trop bien que cela ne se dit pas. Et puis aussi parce que je n’aime pas débattre sur Internet avec des personnes inconnues hors d’elles, voire malveillantes. Cela me hérisse. Pourtant j’aime débattre avec des amis, ouvrir mon regard, développer mon sens critique, élargir mon horizon.

Alors je me tais, tant bien que mal, même si parfois il m’échappe une poésie difficile, même si quelques vérités s’immiscent en douce dans mes phrases. Je me tais. C’est cela que l’on veut, des femmes qui arrondissent les angles, des poétesses qui réenchantent le réel, sans trop l’estropier. Je me tais mais je soutiens toutes les personnes qui portent un étendard haut et fort.

– Emmanuelle de Dardel