Prose sombre

Prose sombre

L’horizon est rempli de gris, des camaïeux, des nuances et des teintes sombres ont envahi tout l’espace, comme nos coeurs, lourds de secrets tumultueux, indicibles et censurés. Les nuages sont si chargés qu’ils paraissent presque noirs. Ils forment de gros rouleaux aux multiples tons argentés, s’enroulent et se déroulent dans le ciel, en épaisses couches sans formes, semblables à de grosses vagues lourdes et plombées, qui viendraient s’écraser sur la rive opposée du ciel. Parfois, au milieu de cette agitation désordonnée et silencieuse, quelques étincelles de nuage apparaissent et rayonnent jusqu’à nous.

Le lac est gris lui aussi, d’un gris bleuté, presque phosphorescent, de cette couleur à la fois translucide et opaque, d’un espace vide empli de larmes cristallines et lumineuses. Par accident, un champ de colza éclaire l’espace de l’horizon en un instant, d’un halo resplendissant. Cette percée est aussi stupéfiante qu’inattendue par sa couleur et sa forme. Un rectangle d’ocre, merveilleux et insolite. Un corbeau prend son envol, et passe au-dessus de nos têtes, j’aperçois ses pattes aux griffes recroquevillées, symbole d’une alerte, qui se répète sans cesse, à laquelle nous oublions de prêter attention.

Les arbres commencent à fleurir, des forsythias qui resplendissent au bord des chemins, des pommiers d’ornement avec leurs fleurs aux mille pétales, des lilas qui embaument en douceur et des magnolias aux fleurs prodigieuses. Le printemps revient, nous gardons l’espoir de jours illuminés, qui irradient de chaleur humaine. Pourtant la grisaille s’accroche, arrimée au-dessus de nos têtes,  elle s’accumule et occupe sans vergogne l’atmosphère avec ses grosses bandes grises qui courent sur l’infini.

Emmanuelle de Dardel

Peinture : Félix Valloton (1865-1925), Le grand nuage, Romanel, 1900, sur wikiart.org (libre de droits)

Sensation infinité

Sensation infinité

Bonheur du printemps
Infinité de couleurs
Au coeur d’une fleur

Vert perpétuel
Feuille d’arbre s’entrouvre
Herbe tendre répond

Les arbres fleurissent
Parfums doux et délicats
Apportés par le vent

Arbre parfumé
Effluence délicate
Sens exaltés

Forsythia jaune
Petites fleurs subites
Soupir du printemps

Mille pétales au vent
Zéphyr dispose les couleurs
Sur sa toile légère

Gouttes aériennes
S’y dissimule la palette
de l’arc-en-ciel

Graines en terre
Cotylédons mystérieux
Regain de vie

Pluie de poésie
Des pétales en liberté
Recouvrent ton coeur

Emmanuelle de Dardel

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Peinture : Francis Gruber, Paysage de printemps, 1948

Les effluves du printemps

Les effluves du printemps

Il y a quelques jours,
Les parfums ont changé,
L’air devient plus clément,
Chargé d’odeurs diverses.

Comme si la nature,
A moitié éveillée,
Offre déjà tout d’elle,
A tous ses habitants.

Les fleurs du printemps s’ouvrent,
Libèrent leurs effluves,
Imprègnent leurs couleurs,
Et charment tous nos sens.

C’est la belle saison,
Profitons-en encore,
Agissons à outrance,
Avant qu’elle ne s’éteigne.

Emmanuelle de Dardel

Peinture : Ambrosius Bosschaert the Elder (Dutch, 1573 – 1621), Flower Still Life, The J. Paul Getty Museum

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Esquisse

Esquisse

Eperdue dans une autre ville,
A l’issue d’une flânerie,
La poésie réapparait,
Lors d’un instant insignifiant,
Dont l’inattendu me renverse.
Oh que cette beauté demeure !

Au coeur d’une voie monotone,
Un ballet de feuilles surgit,
Et dévoile les pas subtils,
Des ballerines du printemps,
Emportées par un vent gracieux,
Dans une scène féerique.

Emmanuelle de Dardel

Peinture : Edgar Degas, Quatre danseuses
https://www.edgar-degas.org/Four-Dancers.html
Google Art and Culture, Four Dancers, Edgar Degas, c. 1899

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PS : Le hacking semble réglé. Avec mes excuses pour les désagréments subis ces dernières semaines.

Le brouillard

Le brouillard

I.
La ville se dilue dans le brouillard,
Les habitants sont oppressés,
Ils sont tapis derrière leur porte,
Et attendent le printemps.

II.
Le brouillard recouvre la route,
Il est épais, dense et inamovible,
Il ressemble à un nuage impalpable,
Et enserre la végétation de sa toile blanche.

III.
Depuis des jours et des nuits,
La mer de nuage a envahi la vallée,
Le soleil darde ses rayons sur ce miroir blanchi,
Sans pourtant parvenir à l’atteindre.

Emmanuelle de Dardel

Image : pxhere.com

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