Ma bohême, Arthur Rimbaud

Ma bohême, Arthur Rimbaud

(Fantaisie.)

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
 
Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
 
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
 
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Octobre 1870.

D’autres poésies d’auteur sur ce blog.

Peinture : Francis Gruber, Le poète, hommage à Rimbaud, 1942, (domaine public)

Bleu intense

Bleu intense

Un grand ciel bleu intense,
Orne enfin cette vallée,
Assombrie tout l’hiver,
Et fait rire à nouveau.

Les allées et venues,
Reprennent peu à peu,
En de multiples sens,
Et deviennent chargées.

Partout, dans les recoins,
Sur les hautes maisons,
Un éclat de lumière,
Jaillit devant nos yeux.

Les jardins prennent vie,
D’un simple ciel tout bleu,
La lumière éclairant,
Chaque brin d’herbe tendre.

Il est temps aujourd’hui,
D’accueillir cet or pur,
Qui réchauffe le coeur,
Et illumine l’âme.

Emmanuelle de Dardel

Image : https://pxhere.com

Lune dorée

Lune dorée

La nuit tombe lentement sur les montagnes blanchies, 
Le ciel est encore éclairé à l’ouest.
La lune, ronde et blanche, est déjà là,
Elle illumine les champs couverts de neige
Et se reflète dans le lac.

La brume monte, lentement, doucement.
Elle couvre la lune d’un fin voile déchiré et mouvant,
La rendant toute douce et bienveillante,
Comme pour mieux l’accompagner,
Durant son long voyage à travers l’immensité de l’espace.

Emmanuelle de Dardel