Spleen

Spleen

Pluviôse irrité contre la ville entière
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L’ombre d’un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée, 
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums, 

Héritage fatal d’une vieille hydropique, 
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

Charles Baudelaire

Lune dorée

Lune dorée

La nuit tombe lentement sur les montagnes blanchies, 
Le ciel est encore éclairé à l’ouest.
La lune, ronde et blanche, est déjà là,
Elle illumine les champs couverts de neige
Et se reflète dans le lac.

La brume monte, lentement, doucement.
Elle couvre la lune d’un fin voile déchiré et mouvant,
La rendant toute douce et bienveillante,
Comme pour mieux l’accompagner,
Durant son long voyage à travers l’immensité de l’espace.

Emmanuelle de Dardel

Etincelle multicolore

Etincelle multicolore

Emmitouflée,
Et perdue au milieu des champs,
C’est là que je peux écrire.

La neige clairsemée
Forme une dentelle blanche
Sur les terres gelées.

La pleine lune,
Ronde comme un gâteau doré, 
Diffuse sa lumière.

Cette solitude, 
A la fois honnie et goûtée, 
Me remplit d’amour.

Au bord de la route, 
Au milieu de tout et rien,
Je retrouve le lien.

La brume est montée 
Par vagues légères et douces,
Par devant la lune.

La nuit tombe peu à peu,
Le ciel devient sombre,
Et pourtant protecteur.

Les champs alentour,
Prennent une teinte douce, 
Et presque irréelle.

Et le lac qu’on admire
Se colore alors d’un éclat inconnu
Une harmonie de blanc et d’or.

Une tour éclairée 
Loin à l’horizon fascinant
Me rappelle à moi.

Au cœur de ma peine,
J’ai trouvé l’étincelle multicolore,
Qui fait briller mon âme.

Emmanuelle de Dardel

Rayon intrépide

Rayon intrépide

En quelques rayons,
Qui pénètrent par la fenêtre,
Ils réchauffent mon coeur.

La brume s’efface,
Laissant toute la place,
Au clair-soleil.

Un rayon intrépide,
Parvient en un instant,
A l’essence des choses.

Tout devient riant,
Des maisons en pierre,
Au ciel bleu azur.

La pesanteur s’éloigne,
Les rires reprennent,
Le printemps arrive.

Emmanuelle de Dardel