Extrait de Le ciel est beau ici aussi

Extrait de Le ciel est beau ici aussi

Nous étions allés manger dans une auberge de campagne, un restaurant presque désert où nous nous étions assis à côté d’un beau poêle en faïence aux carreaux verts. Gino portait un pull noir sous sa veste, ce qui lui donnait l’air d’être en vacances, cet air de mains dans les poches qu’il avait dans la cour de l’école en m’attendant. Il avait les yeux qui brillaient en me disant que ma robe m’allait bien. Je devais lui avoir répondu par un sourire, je ne sais pas, par une grimace, bref d’une manière qui pouvait faire comprendre à quel point ça me faisait plaisir d’être assise avec lui à cette table. C’était désormais facile de parler et de ne pas parler, de lui répondre, tout sonnait juste, maintenant que je savais que je lui plaisais et que tout à coup je me sentais plus sûre de moi, je me sentais à l’aise, je jouais à la gamine et ensuite à la demoiselle hautaine, je commandais même les plats en allemand. Nous parlions de Gianni et Bethli, de Fredi et des deux Tessinois, et nous sentions bien que nous étions les mêmes que quand nous étions avec eux ; et pourtant nous découvrions avec étonnement qu’au creux de cet univers commun, les noms des autres, les soirées passées avec eux, s’était mise en place tacitement l’attente de ce jour où il n’y avait plus que nous deux, dans une auberge où nous n’étions jamais allés avec eux.
Anna Felder, Le ciel est beau ici aussi, Neuchâtel, Editions Alphil, 2014, pp. 73-74
Peinture : Serge Sudeikin, Lovers under the moon, 1910 D’autres citations sur ce blog.  
La Barbe bleue

La Barbe bleue

"Voila, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le...

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De la poésie, Nicolas Bouvier

De la poésie, Nicolas Bouvier

Un bûcheron du Nord canadien qui rimaillait à la morte saison avait un jour dit à mon ami Jacques Meunier « la poésie, c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois »…

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Extrait de Ensemble c’est tout, Anna Gavalda

Extrait de Ensemble c’est tout, Anna Gavalda

Ce ne fut qu’un petit gémissement d’abord, comme si quelqu’un venait de le pincer, puis tout son corps lâcha. Il se mit à trembler de la tête aux pieds, sa poitrine s’ouvrit en deux et libéra un énorme sanglot. Il ne voulait pas, il ne voulait pas, putain. Mais il n’était plus capable de se contrôler. Il pleura comme un gros bébé, comme un pauvre naze, comme un mec qui s’apprêtait à dézinguer la seule personne au monde qui l’avait jamais aimé. Qu’il avait jamais aimée. 

 

Il était plié en deux, laminé par le chagrin et tout barbouillé de morve. 

Quand il admit enfin qu’il n’y avait rien à faire pour arrêter ça, il enroula son pull autour de sa tête et croisa les bras.

 

Il avait mal, il avait froid, il avait honte.

Anna Gavalda, Ensemble c’est tout, J’ai lu, 2005, pp. 98-99

Peinture : Nicolas Roerich, The cry of the serpent, 1914

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La Barbe bleue

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"Voila, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le...

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De la poésie, Nicolas Bouvier

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Un bûcheron du Nord canadien qui rimaillait à la morte saison avait un jour dit à mon ami Jacques Meunier « la poésie, c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois »…

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La Barbe bleue

La Barbe bleue

« Voila, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. » 

Charles Perrault, Contes, Le Livre de Poche, 1990

Illustration : Gustave Doré, Barbe bleue de Charles Perrault

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La Barbe bleue

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"Voila, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le...

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De la poésie, Nicolas Bouvier

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Un bûcheron du Nord canadien qui rimaillait à la morte saison avait un jour dit à mon ami Jacques Meunier « la poésie, c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois »…

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De la poésie, Nicolas Bouvier

De la poésie, Nicolas Bouvier

Un bûcheron du Nord canadien qui rimaillait à la morte saison avait un jour dit à mon ami Jacques Meunier « la poésie, c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois ». Lorsqu’une chose rencontre le mot pour la dire – et souvent ces fiançailles se font attendre longtemps -, c’est aussi de la poésie, et lorsqu’une image trouve enfin la phrase qui l’aime et qui l’habille, c’est encore de la poésie.

Nicolas Bouvier, Le hibou et la baleine, Genève, Editions Zoé, 2003

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Photo : Nicolas Bouvier en 1987 ( 1929-1998), par Erling Mandelmann / photo©ErlingMandelmann.ch via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La chaleur – Albert Camus

La chaleur – Albert Camus

Dans tous les cas, et si dur que fût l’été d’Algérie, alors que les bateaux surchargés emmenaient fonctionnaires et gens aisés se refaire dans le bon « air de France » (et ceux qui en revenaient ramenaient de fabuleuses et incroyables descriptions de prairies grasses où l’eau courait en plein mois d’août), les quartiers pauvres ne changeaient strictement rien à leur vie et, loin de se vider à demi comme les quartiers du centre, semblaient au contraire en voir augmenter leur population du fait que les enfants se déversaient en grand nombre dans les rues.

Pour Pierre et Jacques, errant dans les rues sèches, vêtus d’espadrilles trouées, d’une mauvaise culotte et d’un petit tricot de coton à encolure ronde, les vacances c’était d’abord la chaleur. Les dernières pluies dataient d’avril ou mai, au plus tard. À travers les semaines et les mois, le soleil, de plus en plus fixe, de plus en plus chaud, avait séché, puis desséché, puis torréfié les murs, broyé les enduits, les pierres et les tuiles en une fine poussière qui, au hasard des vents, avait recouvert les rues, les devantures des magasins et les feuilles de tous les arbres. Le quartier entier devenait alors, en juillet, comme une sorte de labyrinthe gris et jaune, désert dans la journée, toutes les persiennes de toutes les maisons soigneusement fermées, et sur lequel le soleil régnait férocement, abattant les chiens et les chats sur le seuil des maisons, obligeant les êtres vivants à raser les murs pour demeurer hors de sa portée.

Albert Camus, Le premier homme, Gallimard, 1995

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Image : Albert Camus par Robert Edwards sur Wikimédia Commons [CC BY-SA 3.0]

A propos de l’humour, Kundera

A propos de l’humour, Kundera

« L’humour : l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres; l’humour : l’ivresse de la relativité des choses humaines; le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude.
Mais l’humour, pour rappeler Octavio Paz, est « la plus grande invention de l’esprit moderne ». Il n’est pas là depuis toujours, il n’est pas là pour toujours non plus. »

Milan Kundera, Les testaments trahis, fin du chapitre 1

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Image : Milan Kundera sur Wikimédia Commons

Kundera, romancier de la liberté de l’individu, Radio Praha (V. Richter, 2019)