La chaleur – Albert Camus

La chaleur – Albert Camus

Dans tous les cas, et si dur que fût l’été d’Algérie, alors que les bateaux surchargés emmenaient fonctionnaires et gens aisés se refaire dans le bon « air de France » (et ceux qui en revenaient ramenaient de fabuleuses et incroyables descriptions de prairies grasses où l’eau courait en plein mois d’août), les quartiers pauvres ne changeaient strictement rien à leur vie et, loin de se vider à demi comme les quartiers du centre, semblaient au contraire en voir augmenter leur population du fait que les enfants se déversaient en grand nombre dans les rues.

Pour Pierre et Jacques, errant dans les rues sèches, vêtus d’espadrilles trouées, d’une mauvaise culotte et d’un petit tricot de coton à encolure ronde, les vacances c’était d’abord la chaleur. Les dernières pluies dataient d’avril ou mai, au plus tard. À travers les semaines et les mois, le soleil, de plus en plus fixe, de plus en plus chaud, avait séché, puis desséché, puis torréfié les murs, broyé les enduits, les pierres et les tuiles en une fine poussière qui, au hasard des vents, avait recouvert les rues, les devantures des magasins et les feuilles de tous les arbres. Le quartier entier devenait alors, en juillet, comme une sorte de labyrinthe gris et jaune, désert dans la journée, toutes les persiennes de toutes les maisons soigneusement fermées, et sur lequel le soleil régnait férocement, abattant les chiens et les chats sur le seuil des maisons, obligeant les êtres vivants à raser les murs pour demeurer hors de sa portée.

Albert Camus, Le premier homme, Gallimard, 1995

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Image : Albert Camus par Robert Edwards sur Wikimédia Commons [CC BY-SA 3.0]

A propos de l’humour, Kundera

A propos de l’humour, Kundera

« L’humour : l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres; l’humour : l’ivresse de la relativité des choses humaines; le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude.
Mais l’humour, pour rappeler Octavio Paz, est « la plus grande invention de l’esprit moderne ». Il n’est pas là depuis toujours, il n’est pas là pour toujours non plus. »

Milan Kundera, Les testaments trahis, fin du chapitre 1

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Image : Milan Kundera sur Wikimédia Commons

Kundera, romancier de la liberté de l’individu, Radio Praha (V. Richter, 2019)

La honte, Monique Laederach

La honte, Monique Laederach

La honte n’éclate pas, c’est un leurre ; il n’y a pas de pilori, personne ne vous montre du doigt, personne ne parle, on ne s’explique pas ; la honte reste feutrée, doucement incurvée vers le dedans, des pétales de honte, des houles, je ne sais quel tressaillement ou quelle poussée qui fait fuir les mains sur les objets, fuir les yeux fuir les mots, et secrète des moiteurs dans le sommeil, empêche de formuler, de dire clairement, par exemple de dire à Térence :
« Ne viens pas »

Monique Laederach, La femme séparée, tome I, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993, p. 27

Monique Laederach (1938 – 2004) est écrivaine, poétesse et critique littéraire neuchâteloise.

Image : Xannda.ch

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L’alchimiste, Paulo Coelho

L’alchimiste, Paulo Coelho


Le chamelier ne répondit rien ; il comprenait ce que lui disait son interlocuteur. Il savait que n’importe quelle chose, à la surface de la terre, peut conter l’histoire de toutes les choses. En ouvrant un livre à une page quelconque, en examinant les mains d’une personne, ou le vol des oiseaux, ou encore des cartes à jouer, ou quoi que ce soit d’autre, chacun de nous peut découvrir un lien avec ce qu’il est en train de vivre. A la vérité, les choses ne révélaient rien par elles-mêmes ; c’étaient les gens qui, en observant les choses, découvraient la façon de pénétrer l’Âme du Monde.

Paulo Coehlo, L’alchimiste, Paris, J’ai lu, 2010, p. 128

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