blog de poésie

le droit de cuissage

tout leur est permis 
jusqu'aux cuisses des femmes
ils n'ont peur ni
honte de rien
personne ne les arrête
au contraire
l'interdit les enflamme
faire comme si
à la maison
les libère de la honte
mais surtout
d'un vide intérieur
de plus en plus tenace
l'infidélité les enchaîne
à leur passé
ils restent enfants
même s'ils tentent de le cacher
des enfants prisonniers
de leurs jeux absurdes
que cherchent-ils à prouver

- Emmanuelle de Dardel

il suffit d’une graine

le printemps sème 
des graines de joie
dans les cœurs endurcis
et soudain tout fleurit
les cœurs, les arbres
les âmes et la vie
il suffit d'une graine
et la vie refleurit

- Emmanuelle de Dardel

Un poème inspiré par le réel. Je regarde beaucoup les jardins, potagers ou fleuris, dans ma rue, dans ma vie. Et l'un d'eux était à moitié plein, à moitié vide. Après avoir discuté quelques fois avec le propriétaire, je lui ai laissé quelques graines de courge en plants. Par la suite, le jardin fleurissait de courges.
Nous avons testé différentes sortes, dont les butternuts, qui restent intactes à la cave. Cette année, j'ai malheureusement oublié de lui offrir des plants ou des graines de courge (que je récolte simplement d'une courge de supermarché). Mais bonheur, le jardin du monsieur est plein de vie, même et surtout sans courges. Il suffit d'une graine !


Bijou-concert, Blaise Cendrars

Non 
Jamais plus
Je ne foutrai les pieds dans un beuglant colonial
Je voudrais être ce pauvre nègre je voudrais être ce pauvre nègre qui reste à la porte
Car les belles négresses seraient mes sœurs
Et non pas
Et non pas
Ces sales vaches françaises espagnoles serbes allemandes qui meublent les loisirs des fonctionnaires cafardeux en mal d'un Paris de garnison et qui ne savent comment tuer le temps
Je voudrais être ce pauvre nègre et tuer le temps

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p.208

C’est le poème qui suit Les boubous, j’ai longtemps hésité à le poster, et puis à quoi bon se taire encore. Il était un de mes auteurs préférés jusqu’à présent. Il était…

l’amour en résistance

l'amour s'évapore et s'évanouit 

pourtant il ne meurt

jamais tout à fait

il vit dans les cœurs

à moins que ce ne soit dans les âmes

il vit et danse dans les cœurs

pour toujours et à jamais

on n'efface pas l'amour

on le gomme

mais il vit ailleurs

c'est pour cela qu'on ne badine pas

avec l'amour

- Emmanuelle de Dardel

à tue-tête

l'oiseau chante à tue-tête 

il aimerait qu'on l'écoute

plus il chante plus on trouve son chant émouvant et beau moins il se sent compris

alors il chante et chante encore tôt le matin encore toute la journée

il fait des trilles des arabesques des pas de chats des attitudes des pas de bourrée des cabrioles

il chante chante chante sans fin

sur tous les tons

mais on ne le comprend pas

il espère pourtant toujours être compris

jusqu'au jour où il réalise

c'est une invitation à changer lui-même

ou à changer d'entourage

- Emmanuelle de Dardel

Les boubous, Blaise Cendrars

Oh ces négresses que l'on rencontre dans les environs du village nègre chez les trafiquants qui aunent la percale de traite 

Aucune femme au monde ne possède cette distinction cette noblesse cette démarche cette allure ce port cette élégance cette nonchalance ce raffinement cette propreté cette hygiène cette santé cet optimisme cette inconscience cette jeunesse ce goût

[...]

Chaque mèche de leurs cheveux est une petite tresse de la même longueur ointe peinte lustrée
Sur le sommet de la tête elles portent un petit ornement de cuir ou d'ivoire qui est maintenu par des fils de soie colorés ou des chaînettes de perles vives
Cette coiffure représente des mois de travail et toute leur vie se passe à la faire et à la refaire
Des rangs de piécettes d'or percent le cartilage des oreilles
Certaines ont des incisions colorées dans le visage sous les yeux et dans le cou et toutes se maquillent avec un art prodigieux
Leurs mains sont recouvertes de bagues et de bracelets et toutes ont les ongles peints ainsi que la paume de la main
De lourds bracelets d'argent sonnent à leurs chevilles et les doigts de pieds sont bagués
Le talon est peint en bleu
Elles s'habillent de boubous de différentes longueurs qu'elles portent les uns par dessus les autres ils sont tous d'impression de couleur et de broderies variées elles arrivent à composer un ensemble d'un goût très sûr où l'orangé le bleu l'or ou le blanc dominent
Elles portent aussi des ceintures et de lourds grigris
D'autres plusieurs turbans célestes
Leur bien le plus précieux est leur dentition impeccable et qu'elles astiquent comme on entretient les cuivres d'un yacht de luxe
Leur démarche tient également d'un fin voilier
Mais rien ne peut dire les proportions souples de leur corps ou exprimer la nonchalance réfléchie de leur allure

...

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes, Poésie/Gallimard, 2006, p. 207

[Dans le passage que j'ai coupé, aucune autre femme n'a ses faveurs. Et dans le poème suivant, il n'est guère élogieux envers les Européennes... quelle tristesse de découvrir cela à l'instant...]

#citation #poésie #BlaiseCendrars #boubous #femmes

S’émanciper

Penser à briser la chape de plomb, que l'on remet périodiquement, sans en prendre conscience, sur nos têtes. 

- Emmanuelle de Dardel 

écho

chaque matin 

les étoiles s'endorment

avec des larmes dans les yeux

et les enfant.es s'éveillent

à la rosée scintillante

dans la lumière dorée

un écho du paradis


- Emmanuelle de Dardel 



Poème ébauché en 2024, terminé aujourd'hui.

Aphorismes paradoxaux juin 2026

Dire la vérité est souvent bien plus difficile que mentir. Nous avons le droit de nous arrêter un peu, de faire des pauses. Se tromper, c'est une manière d'apprendre. La perfection est un frein : mieux vaut avancer en se respectant, que de tout faire de manière parfaite, puis s'effondrer.

Chaque fois qu'il pleut, les insectes et les plantes s'abreuvent, tandis que les hommes pleurent librement. C'est l'odeur de la pluie - le pétrichor - qui soigne les âmes. On attire ce qu'on pense, ce qu'on vit et qui on est. D'où l'importance de se connaître.

Si l'autre refuse d'écouter, on ne peut pas lui parler. Le dialogue se fait à deux. Écouter c'est une des plus importantes compétences, pourtant elle est très rare. En général, on n'écoute que pour répondre rapidement, pour pouvoir parler de soi.

La confiance est longue à installer, alors qu'elle peut s'évaporer en une seconde. Quand on a de graves problèmes, il est impensable d'en parler comme de la pluie et du beau temps. Alors on se tait, de plus en plus, chaque jour davantage, jusqu'à devenir silence, tout en hurlant à l'intérieur de soi.

- Emmanuelle de Dardel

Fulgurance 7

Les gens qui restent durant vos tempêtes sont vos vrais anges de vie. 

- Emmanuelle de Dardel

Merci à celleux qui se reconnaîtront.
J'espère que le nouveau module de poésies au hasard que je viens d'installer sur mon blog vous plaira. 

Une autre version est installée sur l'anthologie poétesses 8, comme une sorte de prescription poétique (clic). Je ne m'en lasse pas.

insomnie

le silence 
la nuit
les bruits étouffés
le silence des pensées
la nuit étoilée
les bruits d'avant
le silence des amitiés fanées
la nuit aux mille étoiles invincibles
les bruits d'un cœur qui bat malgré les crimes
le silence est un chemin vers un soi plus vrai un monde plus juste
la nuit œuvre le monde des choses cachées des tabous des dénis de l'inconscient
les bruits que l'on refuse résonnent dans les étoiles et les astres semblent suspendus par cette musique d'ange
le silence est un autre langage
la nuit est une autre journée
les bruits sont des rêves brisés
le silence apaise
la nuit réenchante
les bruits deviennent des amis
insomnie

- Emmanuelle de Dardel

tendresse d’été

au pied des grands arbres 
nichée comme un oiseau
les fourmis et les insectes au bord
regarder le ciel bleu tendresse d'été
et tenter de déchiffrer les signes
impénétrables et illisibles

elle le sait bien pourtant
les femmes les hommes ne se
comprennent pas eux-mêmes

- Emmanuelle de Dardel

poèmes aléatoires

catégories

archives

Rejoignez les 818 autres abonnés

41 704 visites